Sténopé : la magie retrouvée

Mots-clefs

, , , , , , ,
Sténopé : la magie retrouvée

Illumination. Photo sténopé de Laurent Diaz

Il a ses adeptes, ses concours et son exposition internationale tous les ans, depuis 2007, au Bourget. Pourtant, à l’heure du numérique et de la surenchère technologique, la pratique du sténopé s’inscrit dans la marge, pour ne pas dire la marginalité.
Rappelons, pour les non initiés, que son principe repose sur une observation basique, déjà consignée par Aristote au IVème siècle avant jésus-Christ.
Si vous plongez une pièce dans l’obscurité totale, puis laissez filtrer la lumière par  un petit trou, les objets placés dans la trajectoire à l’extérieur se retrouveront projetés sur le mur du fond… à l’envers ! Scientifiquement, ce mystère ne sera élucidé qu’au Xème siècle par le physicien Alhazen.

Source : Encyclopédie Microsoft® Encarta®

Source : Encyclopédie Microsoft® Encarta®

Pour appliquer ce principe à la photographie, il suffit de remplacer la pièce par une boîte dont on peint l’intérieur en noir, de percer un tout petit trou (c’est le sténopé ou pinhole, trou d’aiguille en anglais) et de tapisser le fond de la boîte avec une feuille de papier photosensible.
On trouve des appareils à sténopé dans le commerce (à partir de 20 euros pour les plus rudimentaires), mais la plupart des amateurs préfèrent les fabriquer eux-même. C’est le cas de Laurent Diaz, qui rédige Le Journal d’un apprenti sténopiste, son blog depuis près d’un an.
Dans un espace très ouvert et très convivial, ce consultant web de 25 ans partage le fruit de ses expérimentations et donne toutes les informations propres à aider les débutants. Petite interview d’un jeune homme épris d’un procédé sans âge.

appareils_stenopes_diaz

Boîtes à gateaux et boîtes à sucre : les appareils de Laurent Diaz

LSM : Pourquoi choisir le sténopé en 2009, quand il existe des techniques bien plus sûres et bien plus avancées ?

LD :  Quand j’en ai entendu parler pour la première fois, je n’en revenais pas que ce soit possible de photographier si simplement, avec un appareil à fabriquer soi-même.  Je n’avais aucune base d’optique et pour moi, un appareil photo était forcément quelque chose de magique… C’est d’abord cet étonnement qui m’a poussé à essayer mais, très vite, j’ai découvert autre chose. Ce qui m’a plu, c’est le rendu qu’on peut avoir. Il y a quelque chose d’organique, comme une déformation temporelle. J’aime avant tout la peinture et la photo numérique m’apparaît trop propre, trop nette.

Willene.  Première photo sténopé de Laurent Diaz

L'attente. Photo sténopé de Laurent Diaz

LSM : Vous avez une dizaine d’appareils, fabriqués par vos propres soins. A quoi cela sert-il d’en avoir autant ?

LD : Lorsque je fais une séance de prise de vues, je ne peux pas ouvrir la boîte entre deux photos. Pour cela, j’ai besoin du noir absolu. Plus j’ai d’appareils, plus j’ai de photos possibles !  Comme les temps de pose sont très longs, l’appareil doit être stable. Parfois je le pose sur un chevalet, parfois je le scotche quelque part, et il m’arrive aussi d’empiler toutes les boîtes pour être à la bonne hauteur…

LSM : Une fois la photo dans la boîte, comment procédez-vous pour le développement et le tirage ?

LD : Je développe moi-même mais je ne fais pas de tirage. Je scanne le négatif et je le traite sur Photoshop. J’interviens peu sur l’image elle-même, je fais du dépoussiérage et du recadrage, je retouche la luminosité et les contrastes. Les puristes disent qu’une photo prise au sténopé ne devrait pas passer « à la moulinette de Photoshop ». Je pense au contraire que le mélange des techniques est intéressant. Ce qui prime, pour moi, c’est le rendu.

Avec un numérique...

Avec un numérique...

Avec un sténopé...

Avec un sténopé...

LSM : Après un an de pratique, que pourriez-vous dire d’essentiel à quelqu’un qui débute ?

LD : D’abord qu’il ne faut pas essayer de faire quelque chose de parfait.  Si vous suivez au pied de la lettre ce qu’on vous dit pour fabriquer le sténopé, c’est très décourageant. Par exemple,  le diamètre idéal du trou dépend de la distance qui le sépare du papier, mais on peut très bien se lancer sans le mesurer, en faisant simplement un petit trou rond avec une aiguille. Pour les temps de pose, on tatônne et je continue à les évaluer au feeling. C’est très long car l’impression du papier photo nécessite bien plus de temps qu’avec une pellicule. Pour ma part, je n’ai encore jamais dépassé quatre minutes mais je sais que certaines photos demandent plus d’une heure. A la lumière artificielle, même avec une lampe de 500 watts, en quatre minutes je n’obtiens rien du tout. Il faut aussi se méfier de ce qui bouge : j’ai fait un essai avec des pigeons qui picoraient du pain et au final, je n’ai eu qu’un sol vierge !

LSM : Avez-vous le projet de réaliser quelque chose avec ces images ?

LD : Oui, une exposition dont le thème sera la fuite du temps… C’est un sujet idéal pour le sténopé !

yacine

Désolation. Photo sténopé de Laurent Diaz

A lire :
Le sténopé, de la photographie sans objectif, de Jean-Michel Galley et Elisabeth Towns, Collection Photo Poche, Actes Sud, (12,80 EUR)
La saga des sténopés de John Evans, Editions Eyrolles (30,00 EUR)

A visiter :
Journée mondiale de la photographie au sténopé
La dernière journée a eu lieu le 26 avril 2009. Les  3202 images réalisées  ce jour là par  des photographes sténopistes originaires de 69 pays sont exposées sur le site.
Sténopés, le site de Patrick Caloz, un praticien plus expérimenté

Publier un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree

Copyright © 2010 LOVERY INTERNATIONAL - Tous droits réservés. Design Lovery Studio