Olivier Camen : Mémoire brodée

Olivier Camen : Mémoire brodée

Sur le sable © Olivier Camen, 2009

Il a été élevé par ses grand-mères et les a regardées broder durant toute son enfance. C’est probablement là qu’il faut chercher les racines d’un travail qui s’organise autour du fil et de la filiation.
Olivier Camen peint et brode des photos anciennes qui, le plus souvent, portent la trace d’une histoire familiale. Ce ne sont ni ses propres photos, ni sa propre famille, mais dans les images qu’il choisit, il y a toujours pour lui un sentiment diffus de familiarité.

« Sur ces photos, il y a des gens que je ne connais pas et qui, la plupart du temps, ont déjà disparu. Avant d’y toucher, j’étale les images dans mon atelier et je les regarde pendant six ou sept mois pour m’en imprégner. J’ai commencé en 2000 avec un album photo qui racontait la vie d’un légionnaire. Il était mort sans descendance, il n’y avait plus personne pour s’intéresser à cette vie. Cela m’a tout de suite parlé car j’ai eu un grand-père militaire. C’était émouvant. »

Sur le sable, détail © Olivier Camen, 2009

Sur le sable, détail © Olivier Camen, 2009

La première étape consiste à réaliser un tirage numérique, mais c’est la seule intervention de la technologie. La colorisation se fait à la peinture et la broderie requiert des jours, voire des semaines de travail minutieux.
A l’origine, les photos sont petites. En les agrandissant, Olivier Camen découvre des détails qui l’aident à réinventer le cours de ces vies anonymes. A partir d’un regard, d’un bijou, il « brode » d’abord au figuré, dans le sens où il  reconstitue les morceaux d’une histoire vraisemblable, en espérant faire coïncider mémoire et imagination.

« Je dois rester humble sur ce que je fais et respecter à la fois le sujet et la personne qui l’a photographié. Il m’arrive de travailler sur commande, à partir de photos que les gens m’apportent. Il n’est pas rare  que la personne représentée soit un parent qu’ils ont perdu. Je les fais beaucoup parler de cette personne et ils me livrent parfois des détails très intimes. Lorsque le travail est fini, je suis très heureux quand je vois que le résultat émeut, qu’il évoque réellement la personne. Mais je me réserve le droit de refuser les commandes qui n’ont rien de commun avec mon univers. »

Sur le sable, détail © Olivier Camen, 2009

Sur le sable, détail © Olivier Camen, 2009

Pour sa première exposition à Paris, à la galerie Basia Embiricos, Olivier Camen a
revisité un album confié par une amie. Il s’agit de photographies familiales, toutes prises par Emmanuel Valls, un photographe amateur qui utilisait un retardateur et figure ainsi sur toutes les images.

« Lorsque j’ai regardé cet album pour la première fois, je n’ai pas su dire où ces photos avaient été prises. A Sète ? En Normandie ? Comme Emmanuel Valls était le grand-oncle de mon amie, j’ai pu obtenir des renseignements et j’ai appris que cela se passait en Algérie, dans les années 40. J’ai pu en savoir  davantage en rencontrant la dernière personne vivante présente sur les photographies. J’ai travaillé un an sur cet album, et Emmanuel Valls est un peu devenu mon grand-oncle… Il m’a semblé évident que ce qui était montré là était du registre de l’amour ».

Sur le sable, détail © Olivier Camen, 2009

Sur le sable, détail © Olivier Camen, 2009

Avant Le voyage photographique d’Emmanuel Valls, Olivier Camen a passé un an sur une série consacrée à Jackie Kennedy, un personnage qui faisait rêver ses grand-mères.  Un an pour quatre grands formats.
« Je ne suis pas un artiste très productif. Pour Jackie Kennedy, j’ai passé six mois à broder le petit tailleur rose ! A la fin je n’en pouvais plus. Au bout d’un moment, cela devient fastidieux mais au bout du compte, il y a la satisfaction du travail bien fait. »

Actuellement, il réfléchit à sa prochaine exposition, à la galerie Yves Faurie à Sète. Ce sera une installation vidéo en hommage à Jacques Demy, avec en suspension une robe de  Peau d’Âne. Entre le temps, la lune et le soleil, dans le droit fil de son travail sur la mémoire, Olivier Camen a choisi la robe couleur du temps. Qu’il va broder,  évidemment.

Sylvie Nicolet

Dates : du 3 septembre au 13 septembre 2009
Lieu :   Galerie Basia Embiricos
15/17 rue Saint-Paul (dans la cour) ou 14 rue des Jardins Saint-Paul
75004 Paris
+33 (0)6 60 66 85 90
+33 (0)1 48 87 00 63
Horaires : 13h30 à 18h30
Entrée libre

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