Un homme pressé © Marc Montméat
L'édition 2009 de paris Photo peut s'enorgueillir de quelques belles transactions : 130 000 euros pour un Moholy Nagi, 60 000 pour un autoportrait de Man Ray, 55 000 pour un Richard Avedon… Mais au-delà de ces valeurs refuges, la plupart des galeries exposantes ont déploré une baisse significative de leur chiffre d'affaires par rapport à l'année dernière.
Pour Marc Montméat, en revanche, le bilan est plus que positif. A 32 ans, ce photographe amateur, fait une entrée tonitruante sur le marché avec la vente de 41 images en quatre jours, pour une somme totale de 44 000 euros.
Conseiller d'insertion et de probation dans une prison à Angoulême, Marc Montméat a remporté cette année le Grand prix Jeunes talents SFR et, à ce titre, il s'est introduit dans le saint des saints des manifestations professionnelles : les rencontres d'Arles en juillet et Paris Photo en novembre. Intitulée Solitudes urbaines, la série exposée se compose d'images en noir et blanc, sombres et poignantes, dans lesquelles l'humain apparaît comme une composante anecdotique d'un ensemble organisé sans lui.
Quelques semaines après cette étape décisive, le photographe revient sur l'enchaînement des événements majeurs de cette année et dessine les projets qui lui sont maintenant accessibles.
LOVERY STUDIO MAGAZINE: Vous avez exposé cette année à Arles et à Paris Photo. Lors de la première manifestation, il ne semble pas qu'il y ait eu le même engouement qu'à Paris pour vos photographies. Comment expliquez-vous cela ?
Marc Montméat : Même en tant que simple visiteur, je n'étais jamais allé ni à Arles, ni à Paris Photo. Je découvre tout doucement le paysage professionnel ! Les rencontres d'Arles sont vraiment axées sur l'artistique et les visiteurs viennent la plupart du temps sans intention d'achat. J'y ai rencontré quelques personnes et par la suite j'ai vendu deux photos, mais ce n'est pas allé plus loin. Paris Photo, c'est très différent, c'est une foire, une sorte de baromètre du marché, avec des collectionneurs et des investissements.
LOVERY STUDIO MAGAZINE : Tout a démarré pour vous avec le Grand prix Jeunes Talents SFR. Comment avez-vous décidé d'y participer ?
Marc Montméat : Ma première expérience de concours remonte à janvier 2009. Il était organisé par l'association Frontimage pour les amateurs et le lauréat gagnait une exposition de 15 jours à Frontignan. Je l'ai remporté et cela m'a encouragé à continuer. En cherchant un peu, je suis vite tombé sur les prix Jeunes Talents SFR qui sont organisés presque chaque mois.
Si l'on en gagne un dans l'année, on peut participer au Grand prix. Je me suis présenté à un premier pour lequel je n'ai pas été retenu mais le deuxième a été le bon. C'était un concours en partenariat avec le festival de photo amateur de Toulouse. En tant que lauréat, j'ai exposé là-bas et j'ai rencontré pour la première fois des professionnels. Pour le Grand prix, nous étions 25 à concourir, puis 14 après une première sélection et finalement, le jury m'a choisi.
LOVERY STUDIO MAGAZINE : A Paris Photo, vous vendiez vos photographies entre 600 et 1000 euros. Qui a fixé les prix ?
Marc Montméat: On m'a laissé libre de le faire mais j'ai pris des conseils auprès des organisateurs du concours et des photographes qui l'ont remporté les années précédentes. J'ai soumis une première proposition qui était manifestement un peu trop basse ! En fait, les prix ont augmenté tout au long des quatre jours, à chaque fois qu'une photo était vendue.
LOVERY STUDIO MAGAZINE : Mis à part des revenus substantiels, quelles sont pour vous les conséquences positives de Paris Photo?
Marc Montméat : Il y a un certain nombre de galeries qui sont passées me voir et qui m'ont laissé une carte, mais je n'ai pas encore repris tous ces contacts. En revanche, je suis sur le point de signer avec un agent qui s'est proposé. Tout cela donne envie, confiance, et permet d'avoir des projets ambitieux.
LOVERY STUDIO MAGAZINE : Vous n'avez que cinq ou six ans de pratique photographique. Votre série Solitudes urbaines est-elle emblématique de votre travail ?
Marc Montméat : Quand j'ai commencé à m'intéresser à la photo, je sortais tout le temps avec mon appareil et tout naturellement, la ville est devenue mon sujet. Tout s'est mis en place progressivement, autour d'une volonté de faire des propositions graphiques et de montrer le côté oppressant de l'architecture sur l'individu. Mais je n'ai jamais essayé de mettre des mots là-dessus… Alors, oui, j'ai envie de continuer cette série mais j'ai un autre projet auquel je tiens. Je voudrais photographier dans les prisons mais les autorisations sont difficiles à obtenir. J'ai fait ma demande il y a six mois pour huit établissements et le fait que l'on parle un peu de moi dans les média a permis d'accélérer les choses. Je n'ai pas encore le papier mais on m'a donné un accord de principe oral.
LOVERY STUDIO MAGAZINE : Techniquement, quel matériel utilisez-vous et avez-vous recours à Photoshop ?
Marc Montméat : Je travaille en numérique, avec un Canon 350 D. Je trouve qu'il commence à dater et je vais pouvoir le changer ! J'utilise effectivement un petit peu Photoshop pour jouer sur les contrastes. J'assombris…
LOVERY STUDIO MAGAZINE : Aujourd'hui, vos images sont-elles exposées ailleurs que sur votre site ?
Marc Montméat : Non, mais toujours dans le cadre du Grand Prix Jeunes Talents SFR, un portfolio a été édité par Art Actuel. Il devait être vendu 12 euros dans les librairies des musées mais je ne sais pas où cela en est.
Vous avez raison, il faut que je me renseigne…
Propos recueillis par Sylvie Nicolet
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