Spencer Tunick, l’humanudiste

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Spencer Tunick, l’humanudiste

Sur le glacier d'Aletsch en Suisse avec Greenpeace, 2007 © Spencer Tunick

Le 1er mars 2010, 5200 personnes qui ne se connaissaient pas se sont embrassées, nues, devant l'opéra de Sidney. 

C'est le dernier coup d'éclat de Spencer Tunick, un artiste américain de 43 ans, dont le travail consiste essentiellement à confronter l'humain tout nu à son environnement, naturel ou urbain.

Que ce soit aux Etats-Unis, en Amérique du sud, au Canada, en Europe ou en Australie, il parvient à rassembler des centaines, voire des milliers de volontaires qu'il met en scène et qu'il photographie dans le plus simple appareil. Pourtant, Spencer Tunick ne se définit pas lui-même comme un « photographe ». Les images font partie intégrante de son oeuvre, dans la mesure où elles témoignent de l'événement réalisé, mais ne constituent pas une fin en soi.
Parmi ses « installations » humaines les plus spectaculaires, on se souvient de Mexico où, en mai 2007, il  photographie une foule de 18 000 personnes, entièrement dénudées, sur une place située dans le centre historique de la ville.
La même année, il s'associe avec Greenpeace pour dénoncer les changements climatiques qui provoquent la fonte des glaces, et réunit près de 600 personnes sur le glacier d'Aletsch, en Suisse (voir photo ci-dessus). La collaboration avec l'association écologiste se poursuit en France, en octobre 2009, dans un vignoble du sud de la Bourgogne, avec 700 participants.

Installation dans les vignobles bourguignons, 2009 © Pierre Gleizes/Greenpeace
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La notoriété qui l'accompagne depuis quelques années protège Spencer Tunick des foudres des autorités. Cela n'a pas toujours été le cas : à New-York, pour avoir introduit la nudité dans l'espace public, il s'est retrouvé trois fois derrière les barreaux dans les années 90.

Si ce concept de nu public inscrit fatalement son travail dans le champ de la provocation, l'artiste n'est pas pour autant « sulfureux ». Chez lui, le nu se retrouve véritablement intégral, dans le sens où il est dépouillé de son pouvoir fantasmatique. Spencer Tunick se fiche éperdument de l'esthétique et du potentiel érotique des personnes qu'il photographie. Traité comme l'élément d'un tout, le corps est détaché de son intimité et de sa charge suggestive. La chair, dans ses formes multiples, n'apparait plus que comme le dénominateur commun d'une espèce, le genre humain, dont l'artiste souligne la vulnérabilité. Parce qu'il utilise le nu pour délivrer un message humaniste, on pourrait définir Spencer Tunick comme un « humanudiste »…

Tous les participants aux événements qu'il organise sont volontaires et bénévoles, mais chacun reçoit ensuite une photographie sur laquelle il figure, signée par son auteur. Il faut d'abord faire acte de candidature en remplissant un petit formulaire sur le site de l'artiste qui interroge seulement sur l'âge, le sexe et la couleur de peau. Puis il suffit d'attendre qu'un projet se réalise en France, où Spencer Tunick travaille régulièrement.

 

Sylvie Nicolet

www.spencertunick.com
 

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